GNB
Archives provinciales du Nouveau-Brunswick

Portfolio archivistique

home Introduction |  home Table des matières |  p Passez en revue par thème |  p Page de Recherche

Les forêts d'autrefois au Nouveau-Brunswick

Introduction

La richesse des forêts du Nouveau-Brunswick est mise en évidence depuis plus de 200 ans. Le 19e siècle correspond à une période marquante du développement de l'exportation du bois vers l'Angleterre et la grande activité de construction navale dans les chantiers maritimes du Nouveau-Brunswick. Par contre, au début du 20e siècle, c'est plutôt l'établissement vigoureux des usines de pâtes et papiers un peu partout sur le territoire qui a été marquant dans l'économie de la province.

Le territoire forestier

En sachant qu'au début du 21e siècle le Nouveau-Brunswick est à 85 % couvert de forêt, il est facile d'imaginer l'importance du couvert forestier il y a 200 ou 250 ans. C'était à l'époque où l'agriculture n'était pas développée et où les résidents encore bien peu nombreux avaient des besoins très limités en bois.

La province se trouvait dans la région forestière de l'Amérique du Nord où le pin blanc dominait. Il y avait aussi de la pruche, de l'épinette, du bouleau, du frêne, de l'érable, du cèdre et d'autres essences. Ces immenses forêts étaient " les forêts du Roi " qui sont devenues " les terres de la Couronne " lorsque l'Angleterre en a transféré la responsabilité à la province au 19e siècle.

L'Angleterre se réservait le pin blanc pour la construction navale en plein essor. Les spécimens d'arbres préférés avaient 30,5 mètres et plus de hauteur et au moins 1,5 mètres de diamètres à la base. Ils servaient en particulier à fabriquer les mâts, les beauprés et les vergues des bateaux britanniques et aussi à construire des édifices et des maisons. Le Nouveau-Brunswick est devenu un grand fournisseur de l'Angleterre en bois, en pin et en épinette, entre autres, a mesure qu'a progressé le 19e siècle.

Le sud et le sud-est du Nouveau-Brunswick ont fourni beaucoup d'arbres pour la construction navale britannique. Le comté de Charlotte était en tête d'exploitation au tout début. Le pin blanc était aussi exploité aux abords du fleuve Saint Jean à la hauteur d'Oromocto et en haut de Fredericton vers la rivière Tobique, ainsi que dans les régions du comté de Westmorland et de Miramichi.

Au milieu du 19e siècle, la forêt avait été quelque peu altérée en 50 ans d'exploitation. Sous la forte demande continue de pin et d'épinette, les spécimens les plus majestueux étaient à peu près disparus des secteurs situés en bordure des cours d'eau. Cependant, la vaste région forestière du Madawaska n'avait pas été entamée ni les pans de forêt profonde.

Le bois et les besoins quotidiens à l'époque

Les habitants du Nouveau-Brunswick du 19e siècle coupaient des arbres pour construire des ponts et faire des traverses sous les rails du train, mais d'abord et avant tout, ils en coupaient pour se construire une maison et défricher un terrain afin d'y cultiver leur terre. Les arbres servaient à la charpente, aux murs et aux portes. De plus, le fermier fabriquait les traîneaux dont il avait besoin, les poignées et les manches de ses outils de travail, ainsi que les jouets de ses enfants. Le pêcheur construisait son bateau, fabriquait ses rames et ses toubes qui servaient à expédier le poisson.

À la maison, les sceaux et les cuvettes, les boîtes à sel et les barattes à beurre étaient en sapin ou en épinette. Les contenants qui n'étaient pas en contact direct avec la nourriture étaient souvent en cèdre. Il y avait aussi le bois de chauffage à faire : le couper en longueur de poêle et le fendre, puis généralement le corder pour qu'il sèche. À la maison, la famille participait à ces tâches d'une manière ou d'une autre; au collège, il arrivait que ce soit les étudiants les plus vieux qui y participent.

Les forêts constituaient aussi un ajout important au revenu annuel. C'était chose courante et attendue de " monter au chantier " à compter d'octobre pour bien souvent en revenir au printemps seulement.

Au début du 19e siècle, les bûcherons bâtissaient des camps plutôt rudimentaires pour l'hiver : des billots de pin ou d'épinette assemblés de manière simple, un toit souvent en bardeaux et percé d'une cheminée en son centre. Parfois, l'avant faisait 1,5 mètre de hauteur et l'arrière était plus bas. Des souches entouraient le camp et, devant, s'étalaient du bois de chauffage, les traîneaux à bois, les raquettes et même, à l'occasion, des scies, des haches et les pierres à aiguiser. Les bûcherons avaient aussi élevé un abri pour les boufs, le foin et l'avoine. Les provisions des hommes étaient dans une fosse creusée non loin du camp.

Le camp était de préférence situé près d'un cours d'eau et au centre du secteur à bûcher. Il y avait d'autres signes indicateurs d'un chantier en exploitation tels que le petit sentier qui menait à l'abattis, la souche restée en place et les débris de branche de pin ou d'épinette.

Les camps de bûcherons en forêt ont fait partie des 19e et 20e siècles moyennant des adaptations selon les besoins et le temps. Par exemple, les grandes entreprises ont bâti de grands camps et requis les services d'un cuisinier et d'un forgeron sur les lieux. Mais le confort et l'hygiène en tout point sont demeurés discutables.

La technologie de l'époque et le travail en forêt

Le travail en forêt avait lieu en hiver. Il était lent et laborieux car ce sont les scies manuelles et les haches qui formaient l'essentiel des outils à l'époque. Les bûcherons abattaient les gros pins avec le " godendard ", une longue scie maniée par deux hommes. Une paire de boufs tirait les gros billots hors de la forêt pour les mener près du cours d'eau où on les entassait.

Au printemps, la disparition de la glace des ruisseaux et des rivières en avril annonçait la fin de la saison d'abattage d'arbres et ouvrait la voie à la drave. Les billots étaient jetés à l'eau et, si possible, assemblés en train de bois de 121 à 153 mètres de longueur pour être dirigés vers un port, St. Andrews, Saint John, Richibucto, Shippagan, entre autres, ou vers un chantier maritime ou encore une scierie.

Les draveurs, debout sur ces billots, descendaient le courant en dirigeant les trains de bois. C'était le transport par flottage. Au milieu du 19e siècle, le fleuve Saint-Jean et la crue des eaux des rivières Tatagouche, Tracadie, Tabousintac, Bartibog, Renous ou Miramichi et bien d'autres servaient chaque printemps au transport du bois coupé pendant l'hiver.

Au cours de l'été ou de l'automne, il fallait préparer les petits cours d'eau pour la drave : les nettoyer de leurs débris pour libérer le passage, parfois même les creuser ou installer de petits barrages qui élevaient le niveau d'eau et qui seraient ensuite dynamités au moment de la descente des billots. Tous les billots de différents groupes de bûcherons empruntaient le même cours d'eau et en même temps. C'est pourquoi, ils étaient au départ marqués afin d'être facilement repérables par leur propriétaire une fois rendus à destination.

Le travail des draveurs qui descendaient la rivière sur les billots était dur et dangereux et les journées longues et fatigantes. Le dynamitage à certains endroits et le déblocage régulier des embâcles formés par les billots sur la rivière étaient des tâches pleines de risques. Le seul fait de se tenir debout sur les billots flottants pendant une journée entière était déjà un défi. Les draveurs étaient munis du pic et de la gappe, aussi appelée " peavy " du nom de l'inventeur américain, pour les aider dans leur travail. Ils étaient chaussés de grosses bottes à crampons, ce qui permettait un minimum de stabilité sur les trains de bois. La drave durait généralement jusqu'en juin.

Les scieries ont rapidement joué un rôle important partout dans la province et leur nombre s'est multiplié. Vers 1831, le comté de Charlotte qui était en tête de la production du bois en aurait eu une soixantaine; dix ans plus tard, le comté de Westmorland en comptait quelque 180. Le sommet a probablement été atteint avec 640 scieries en exploitation au Nouveau-Brunswick en 1845.

Au début, les scieries étaient petites et actionnées par l'énergie hydraulique, d'où la nécessité de se trouver en bordure d'un cours d'eau. Elles consistaient en une lame verticale installée dans un cadre de bois relié par des courroies à une roue à aubes que l'eau faisait lentement tourner. Scier un billot en madriers, en planches ou en lattes prenait du temps avec cette technologie. L'installation de plusieurs lames un peu plus tard a accéléré le processus.

Une petite scierie pouvait mesurer environ 18,3 mètres de longueur, 12,2 mètres de largeur et 7,6 mètres de hauteur. Un ou deux hommes seulement y travaillaient. Au milieu du 19e siècle, les scieries actionnées à la vapeur ont de beaucoup augmenté la quantité de bois scié. Tandis que celles actionnées par l'énergie hydraulique fonctionnaient au printemps et au début de l'été, les scieries mues à la vapeur ne dépendaient pas de la quantité d'eau dans le ruisseau ni de la saison et elles pouvaient fonctionner toute l'année sans interruption. Les propriétaires de ce type de scierie avaient souvent une grande entreprise, répartie en différents endroits, et ils embauchaient une bonne douzaine d'hommes pour travailler à chaque scierie.

Voici quelques grands noms associés à des scieries établies au Nouveau-Brunswick Il y a eu James Allenshaw de St. Andrews et la famille Todd de St. Stephen. À Chatham, Joseph Cunard et J.T. Williston figuraient parmi les plus en vue. Arthur Ritchie de Restigouche était lui aussi propriétaire de plusieurs scieries. Plus tard, au Madawaska, à compter de 1885, la scierie de Robert Connors à Connors puis celles de Thaddée Michaud et de James Burgess de Grand-Sault seront des centres névralgiques en production de bois, de même que la scierie de la famille James Murchie à Edmundston, qui a été à l'origine de l'usine de pulpe Fraser.

Le commerce du bois

Le Nouveau-Brunswick du 19e siècle, alors toute petite colonie britannique, a occupé une place remarquable dans le commerce du bois en fournissant les chantiers de construction navale de l'Angleterre.

La priorité a d'abord été celle du gros bois de pin blanc, équarri, sans nouds et qui avait au moins un pied carré à la base. Les pins gigantesques devenus moins nombreux au cours du 19e siècle, les arbres de plus petites dimensions ont alimenté le commerce. L'épinette a aussi été un important produit d'exportation. Le commerce du gros bois a fait démarrer un secteur économique majeur au Nouveau-Brunswick en plus de contribuer à établir des liens au niveau international.

C'est par l'entremise du commerce du bois que les exportateurs de bois installés au Nouveau-Brunswick ont développé la construction navale à Saint John, à Miramichi et tout le long de la côte acadienne, dont Kouchibouguac, Shippagan et Bathurst, entre autres.

La construction navale dans la province a commencé en tant qu'ajout au commerce du bois. Les cargaisons partaient chargées sur des bateaux construits dans les chantiers maritimes d'ici, puis, cargaison et bateau étaient vendus bien souvent au premier voyage en Angleterre.

La construction de bateaux

La construction navale a été florissante. Les Néo-Brunswickois en connaissaient l'art. Nombreux étaient les bateaux en bois pour les usages locaux de pêche et de transport en général. La plus populaire des petites embarcations a été le bateau à rames. Au sud de la province, le catamaran, aussi appelé " cat " voyageait sur le fleuve Saint-Jean. Il était fait de trois à cinq gros billots coupés en longueur, solidement attachés ensemble et dotés d'un petit mât. Il était dirigé au moyen d'une longue perche ou d'une godille et il s'avérait être très sécuritaire.

Au milieu du 19e siècle, la construction navale était en plein essor au Nouveau-Brunswick. Chaque bateau était construit selon des caractéristiques qui lui étaient propres et d'après l'usage auquel il était destiné : transporter une grosse cargaison sur les mers du monde, traverser rapidement l'Atlantique ou transporter des passagers.

La construction d'un bateau débutait par la fabrication de la maquette. Puis un expert repérait en forêt les essences d'arbres et les formes de troncs et de branches requises d'après cette maquette. C'était important de trouver les spécimens qui avaient les courbures semblables à celles du gabarit. Ces arbres étaient marqués, abattus, débités, et les billots transformés en gros madriers et en planches. Des artisans spécialisés fabriquaient les chevilles en bois pour maintenir toutes les pièces ensemble, puisque les clous n'existaient pas à l'époque. Le pin, l'érable, l'épinette, le mélèze et le frêne avaient chacun leur utilité dans la construction du bateau.

La construction d'un bateau s'avère un travail très précis. Il requiert des notions de physique et de mathématiques qui, au 19e siècle, étaient acquises par l'expérience et la transmission du savoir entre les générations.

Les chantiers maritimes du Nouveau-Brunswick ont construit un très grand nombre de bateaux. La goélette Betsy a été l'un des premiers bateaux construit à Portland Point (Saint John), puis il y a eu le Flying Cloud, le Guiding Star et d'autres. Les bateaux construits dans la province n'ont pas tous été enregistrés et ils n'ont pas tous eu de renommée. Cependant certains sont devenus célèbres.

Le Marco Polo

Le Marco Polo, bateau à trois ponts qui a parcouru les mers du monde, a été construit en 1851 au chantier de James Smith à Saint John. Il mesurait 56,4 mètres de longueur sur 11,6 mètres de largeur et 9,1 mètres de profondeur. Le Marco Polo comptait trois ponts et une soixantaine de matelots devaient assurer son bon fonctionnement. À l'intérieur, il y aurait eu des boiseries en érable, de la tapisserie de velours rouge et des portes à vitraux. La plus grande qualité du Marco Polo en mer était sa rapidité. Il s'est ainsi mérité le titre de navire le plus rapide au monde.

Après de nombreux voyages de Liverpool à Melbourne, en Australie, pendant 15 ans, le Marco Polo a eu une deuxième carrière en tant que bateau de transport de marchandises. Puis, ce roi des mers vieilli et usé par la vague s'est échoué à Cavendish, à l'Île-du-Prince-Édouard. Un poème de Lucy Maud Montgomery a immortalisé le Marco Polo qui a fait la gloire du Nouveau-Brunswick

La barque Swordfish

Le Swordfish a été un bateau de renommée. Il est sorti du chantier de J. Cunard à Miramichi en 1844. C'était une barque de transport de 341 tonnes. Elle était particulièrement réputée pour la beauté non égalée de ses lignes et son style tout à fait réussi par les constructeurs artisans. Également reconnue pour sa rapidité en mer, elle pouvait effectuer son trajet régulier du Brésil à Liverpool, en Angleterre, en quelque 25 jours. Le Swordfish a dû être abandonné lors d'un naufrage en mer en 1852, en route vers Liverpool.

Les pâtes et papiers au début du 20e siècle.

Les activités de commerce du bois d'ouvre, de construction navale et des scieries se sont poursuivies au 20e siècle. La production de bois d'ouvre a atteint un sommet en 1915. Mais dans l'ensemble, les activités forestières n'allaient pas avoir la même dynamique qu'au siècle précédent.

Au début du 20e siècle, l'industrie des pâtes et papiers a commencé a attiré l'attention et les investisseurs. De plus, c'était l'époque où le potentiel hydroélectrique des rivières de la province captivait les esprits.

Les premières usines de pâtes et papier sont apparues au tournant du siècle : celles de St. George sur la petite rivière Magaguadevic, de Mispec à l'embouchure du fleuve Saint-Jean et de Millerton qui fabriquait du papier glacé, ce qui était un produit nouveau à l'époque. En peu de temps, les usines d'Edmundston et de Bathurst ont doublé leur production, celle de Grand-Sault a été agrandie et d'autres étaient en construction, dont la plus grande et la plus moderne à Dalhousie en 1929 pour fabriquer du papier journal. En général, la population de ces centres a augmenté rapidement.

Les usines de pâtes et papiers ont créé beaucoup d'emplois : d'abord la construction de l'usine, puis la production comme telle, ainsi que tous les emplois en forêt et dans le transport du bois. La matière première recherchée sont les arbres de petites dimensions tirés des forêts de bois mou, tels le sapin baumier et l'épinette. Ces usines peuvent aussi utiliser les rebuts de bois pour fabriquer des rouleaux de papier, des feuilles de contreplaqué, des panneaux d'agglomérés et, avec le bran de scie, produire des panneaux de particules. Les papetières ont joué un rôle marquant dans l'économie du 20e siècle au Nouveau-Brunswick.

Conclusion

En somme, l'exploitation forestière au Nouveau-Brunswick a été un fait marquant pendant deux siècles. Le commerce du bois a constitué une richesse économique dès la fondation de la province. L'histoire a montré au cours de ces années que la ressource n'est pas inépuisable et qu'elle oblige à des changements d'habitude dans l'exploitation pour se renouveler.

Bibliographie

DOUCET, Paul. La forêt et ses occupations, Moncton, Éditions d'Acadie, 1979. Collection Vie de nos ancêtres.

LAPOINTE, Jacques F. Grande-Rivière : une page d'histoire acadienne. Monographie de la ville de Saint-Léonard, N.- B. 1789-1989, Moncton, Éditions d'Acadie, 1989.

MacBETH, George & Capt. Donald F. TAYLOR. Steamboat Days on the Saint John 1816-1946, Fredericton, n.e., 2002.

MARTIN, Gwen. Gestion des forêts publiques du Nouveau-Brunswick, Fredericton, ministère des Ressources naturelles, 2003. (Édition bilingue)

MICHAUD, Guy R. Brève histoire du Madawaska, Edmundston, les Éditions GRM, 1984.

MOWRY, Graham. The Fastest Ship in the World, Saint John, n.e., 1988.

ROBICHAUD, Donat. Le Grand Chipagan. Histoire de Shippagan, s.l., s.é., 1976.

SPICER, Stanley T. The Age of Sail. Master Shipbuilders of the Maritimes, Halifax, Formac Publishing Company Limited, 2001.

WYNN, Greame. Timber Colony. A Historical geography of early nineteenth century New Brunswick, Toronto Buffalo London, University of Toronto Press, 1981.

Les ressources naturelles du Nouveau-Brunswick : 150 ans de production exemplaire, Fredericton, 1988. (Édition bilingue)

top


4.10.8